[Témoignage] "Nous avons perdu 80 licenciés en 1 an"

Sakina Benniou est éducatrice sportive à l’ECO Saint-Hilaire, depuis 2 ans et demi.

Dans ce témoignage, elle nous livre les difficultés du club depuis le début de la crise sanitaire ainsi que le moral de tous aujourd'hui. 

Elle intervient sur le temps scolaire mais aussi sur deux foyers handicapés à Orléans. L’éducatrice coach des catégories allant du baby-hand au - de 13 filles. 

 

Sakina nous explique qu’il est de plus en plus difficile de se projeter avec les jeunes aujourd’hui. Elle a tenté de lancer des entraînements en visio lors du premier confinement. Le but ? Motiver les jeunes en leur proposant des lives sur Instagram ou Facebook et surtout maintenir le lien social avec les licenciés. Malheureusement, Sakina nous confirme que malgré des enfants motivés au départ, au bout de deux semaines les jeunes n’ont plus la même envie. Aujourd’hui, garder le lien à distance même avec les moyens techniques que l’on possède ne suffit pas. 

Il y a peu, Sakina et l’ensemble des bénévoles imaginent un nouveau projet, proposer des formations que ce soit pour les joueurs, les bénévoles ou encore les arbitres pour continuer à garder le lien. Mais coup de massue pour l’équipe, cette idée n’aboutira pas puisque les restrictions sanitaires de la Mairie l’interdisent même en respectant le protocole sanitaire (gestes barrières, limitation des personnes au sein du gymnase, masques…). Résultat ? Retour à la case départ. 

“C’est quand qu’on reprend le hand ?”

handball sport amateur

Sakina se rassure de par sa fonction, puisqu’elle continue d’être tout de même en contact avec quelques enfants à l’école primaire. Elle doit trouver des réponses à des enfants qui ne cessent de lui demander : “C’est quand qu’on reprend le hand ?”, à cette question, une seule réponse à apporter : “On ne sait pas…”. Une lueur d’espoir quand le sport a pu reprendre au mois de décembre mais ce ne fut que de courte durée, seulement 3 semaines en tout. 

Tout le monde est lassé, nous explique Sakina. Lors d’une pseudo reprise, “Il y a une obligation de faire de la préparation physique pendant quelques semaines et au final tout s’arrête sans même faire de handball”. Avec les règles sanitaires, les enfants n’auront pas le droit au contact, l’équipe technique se doit de ne proposer que des jeux individuels pour respecter les règles sanitaires. Ce qui est relativement compliqué pour un sport collectif… 

“On a beau essayer de se projeter, les liens sont rompus...".

témoignage sport amateur

“On ne peut pas faire un jour, ils s’entraînent, le lendemain pas… c’est toujours aussi complexe”.

L’éducatrice a comme une impression d’avoir fait le tour de ce qu’elle pouvait proposer pour maintenir un lien avec les licenciés mais sans succès. 

“On a beau essayer de se projeter, les liens sont rompus...". Sans aucunes nouvelles de la Fédération depuis plusieurs semaines, tous les clubs sont dans l’attente.

 

L’attente de savoir si oui ou non les championnats vont reprendre ou s’arrêter complètement. Il n’y pas que la motivation des licenciés à prendre en compte, petit à petit certains bénévoles eux-aussi perdent envie. Des réunions pour maintenir le lien ont été envisagées mais la mairie a rapidement posé son véto. “Nous voyons bien que 1 entraîneur ou 2  commence à lâcher prise, ce qui est tout à fait compréhensible”.

 

Tous les clubs sont dans l’attente, ce qui fait qu’ils ne peuvent communiquer auprès de l’ensemble des licenciés. Sakina nous confie que le sport amateur est considéré comme “la dernière roue du carrosse, les sportifs de haut niveau ont le droit de s'entraîner mais le sport amateur, lui, est délaissé et nous avons peu de visibilité sur le long terme. Nos projets tombent à l’eau depuis 1 an et demi.”

 

Il fallait s’y attendre, la crise sanitaire laisse des traces. Sakina nous explique que le club ECO Handball a enregistré une baisse de licenciés entre le premier et le deuxième confinement de 79 licenciés. En 1 an, l’ECO Handball est passé de 195 licenciés à 116 licenciés. Évidemment, une question se pose : Les parents ont-ils demandé un remboursement des licences ? Sakina est catégorique, les parents sont toujours compréhensifs et veulent continuer à faire vivre le club, seuls 2 ou 3 parents ont demandé un remboursement.

 

L’éducatrice sportive nous confie qu'heureusement, il n’y en a pas plus. Amèrement, elle nous explique que lorsqu’une licence est faite, celle-ci est directement payée à la Fédération, il ne reste alors que très peu pour le club. “Si la Fédération ne fait pas quelque chose, de nombreuses associations vont mourir”.

 

Outre l’aspect financier, Sakina a une vision précise de ce qu’il se passe dans les écoles. Elle nous confirme que les enfants sont privés de tout, ils rentrent de l’école et ne peuvent plus se dépenser. D’ici la semaine prochaine l’équipe technique pense proposer aux enfants des entraînements dehors le mercredi et le samedi après-midi. Cependant, cela ne pourra bien évidemment être possible que si les conditions météorologiques sont réunies et si les parents acceptent, tout cela dans le respect des règles sanitaires. Sakina maintient : “Comment expliquer à des jeunes enfants qu’il ne peut pas toucher son camarade alors qu’à la cantine ils sont côte à côte”.

 

La peur de la COVID-19 chez les parents est bien présente. Par exemple, l’éducatrice nous informe que sur une dizaine de jeunes de moins de 15 ans filles, il n’y en a facilement 2 ou 3 qui sont réticents à l’idée de s’entraîner par inquiétude.

 

A la question, avez-vous un dernier message à faire passer ? Sakina répond : 

“Le seul message que je peux faire passer c’est que j’espère que l’on retrouvera tous nos licenciés, de la joie sur les terrains et en dehors. Aujourd’hui, j’ai même des parents qui me disent que la buvette leur manque. Eux-aussi ont besoin de garder un lien social, de voir leur enfant aux matchs, de parler avec d’autres parents. Tout ce que je peux espérer c’est de revoir nos licenciés aussi motivés que quand ils l’ont quitté. Nous comptons sur la fédération pour un possible geste commercial afin que nous aussi nous puissions faire un geste vis-à vis des parents.  Je souhaite aussi adresser un mot particulier à ALL SPONSORED pour toutes les dotations réalisées avec nos partenaires. C’est un réel plaisir pour le club". 

 

L’espoir d’avoir des nouvelles un peu plus précises devrait arriver le mercredi 17 février prochain lors d’une réunion à la mairie pour la poursuite ou non des championnats.

ALL SPONSORED apporte tout son soutien à l'ECO handball. Un grand merci à Sakina Benniou pour le temps accordé. 

 

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