Quand le sport amateur et professionnel se financent mutuellement.

Le 28 avril 2020, en pleine crise sanitaire, le premier ministre Edouard Philippe mettait fin à toutes les compétitions sportives professionnelles françaises de la saison 2019/2020. Un premier pavé dans la marre pour l’ensemble d’un écosystème. 
 
Le second pavé dans la marre est survenu le 8 octobre 2020 lorsque Jaume Roures, patron de Médiapro, annonce vouloir renégocier le prix du contrat qui le lie à Ligue de Football Professionnel (LFP) concernant les droits télévisuels. Cette affaire a provoqué un écroulement des revenus du football professionnel français ce qui a touché l’ensemble de l’économie du sport.

Le sport amateur soutenu par le sport professionnel

 

Les sources de financement du sport amateur venant du sport professionnel sont multiples. En voici quelques unes :


La taxe buffet 

sport amateur et professionnel

Elle consiste à taxer de 5 % les montants des droits de retransmissions télévisées des manifestations et/ou compétitions sportives. Son produit va directement à l’Agence Nationale du Sport (ANS) et profite au sport amateur dans son ensemble. Environ 90% de celui-ci est issu du football.

 

Les partenariats entre les fédérations et les compétitions ou manifestations professionnelles 

Cette source de financement ne concerne pas toutes les activités sportives et n’est pas redistribuée à l’ensemble du sport amateur. 

Elle concerne les fédérations qui possèdent des conventions avec les ligues organisatrices des compétitions professionnelles. Par exemple, chaque année la LFP verse plus de 14 260 000 € à la Fédération Française de Football (FFF). 

C’est aussi le cas pour les fédérations qui organisent des évènements qui lui permettent de générer des revenus excédentaires. Le cas le plus parlant étant celui de la Fédération Française de Tennis (FFT) qui profite de l’organisation du tournoi de Roland Garros pour financer l’ensemble de ces charges annuelles.

 

La solidarité statutaire ou volontaire des clubs professionnels vers le sport amateur. Elle peut s’effectuer de deux manières différentes : 


> Le financement de la partie amateur d’un club, “l’association”, par la structure professionnelle, “la SASP”. 

> L’autre manière est propre au football. En effet, les indemnités de formation ont pour but de rémunérer les clubs amateurs qui ont participé à la formation d’un joueur professionnel. 

Toutes ces sources permettent au sport amateur de bénéficier d’une partie des revenus générés par le sport professionnel. L’ANLSP (Association Nationale des Ligues de Sports Professionnels) estimait en 2012 à 130 000 000 € la solidarité financière des ligues professionnelles vers le sport pour tous. 

 

Le sport amateur participe, lui aussi, au financement du sport professionnel

Graphique balance des transferts

Le football est l’acteur majeur de la solidarité du sport professionnel vers le sport amateur puisqu’en moyenne 90 % des fonds de solidarité en sont issus. Toutefois, il est aussi le grand gagnant de l’apport du sport amateur. 

Les joueurs issus de la formation française sont reconnus sur le marché des transferts. Cette popularité permet aux clubs français de réaliser une balance de transfert positive. La France est, d’ailleurs,  le seul pays européen parmi les 5 championnats majeurs qui possède une balance des transferts positive en cumulée depuis la saison 2015/2016.

sport amateur et professionnel

La renommée de cette formation sert aussi aux autres ligues comme celles de Handball et Rugby, réputées pour être parmi les meilleures du monde avec une majorité de joueurs français.

Ainsi, cette image positive impacte la valeur des clubs dans lesquels ils jouent et , par conséquent, les revenus générés par ceux-ci (billetterie, merchandising, sponsoring, etc.).

Enfin, le sport amateur permet de fabriquer des champions mais aussi des passionnés. Ces passionnés biberonnés au sport sont les fanbases des clubs professionnels et font même, pour certains, partie du capital immatériel d’un club.

 

Comment le sport professionnel pourrait aller plus loin dans le financement du sport amateur ?

La taxe Buffet possède un plafond maximum. Cependant, il n’existe pas de plafond minimum. Si demain, le montant des droits télévisés de football s’écroule, c’est 20% du budget de l’ANS qui pourrait disparaître.

Afin d’apporter plus de visibilité au budget annuel, nous pourrions imaginer la création d’un plafond minimum de réversion des droits télévisés. La crise Mediapro survenue soudainement a engendré une perte non budgétée de 400M € sur la saison 2020/2021, soit 20M € de manque à gagner pour l’ANS (10% de son budget).

 

sport amateur et professionnelLes indemnités de formation sont un mécanisme de solidarité dont bénéficie directement les clubs concernés

Ces indemnités de formation peuvent être importantes. Par conséquent, certains clubs amateurs de football en ont fait un objectif numéro 1.

Il n’est pas rare que des clubs fassent adhérer un jeune au sein de son effectif avec une pensée pécuniaire. Le jeune est finalement vu comme un produit.

Comment les clubs percevant parfois plusieurs centaines de milliers d’euros dépensent-ils l’argent et dans quel but ? Et si finalement, ces indemnités de formation venaient récompenser l’ensemble de la cause et non le club qui a eu la chance de voir éclore le sportif. Nous pourrions réfléchir à une caisse commune, gérée par des membres de différents clubs, ayant pour but de participer au financement de la rémunération des éducateurs.

Si les textes de lois peuvent avoir une forte influence sur les mécanismes de financement du sport professionnel vers le sport amateur, les clubs et les entreprises ont aussi un rôle à jouer. Les clubs professionnels sont de véritables entreprises ancrées dans leur territoire. Ils ont la capacité de rassembler un grand nombre d’acteurs économiques. Ces derniers, de manière complémentaire à leur engagement avec les clubs professionnels peuvent s’engager localement. Avec leur participation au financement du sport pour tous, ils permettront à la pépinière locale de rêver, progresser et de s’épanouir.

Se faire accompagner